
Plan IGN
Ces sentiers proposent une grande variété d’expériences aux amateurs de randonnée, allant des balades paisibles aux parcours plus exigeants. Ils offrent une belle occasion de découvrir la richesse naturelle et le patrimoine historique du Pays de Montmédy.

Au Cœur des Ardennes, sur les Pas de la Fontaine Miraculeuse
Découvrez le Chemin de Saint-Roger, un itinéraire de randonnée d'une centaine de km au départ de Poix-Terron, qui vous invite à explorer les paysages enchanteurs des Ardennes. Ce parcours, d'une difficulté moyenne vous mènera à travers une nature préservée, entre forêts et vallées verdoyantes.
Le point de passage incontournable de cette aventure est la Fontaine Saint-Roger, lieu de pèlerinage réputé pour ses vertus miraculeuses. Laissez-vous charmer par la sérénité des lieux et l'histoire fascinante qui l'entoure.
Le Chemin de Saint-Roger, c'est une invitation à la déconnexion, à la découverte d'un patrimoine naturel et spirituel unique, où chaque pas est une rencontre avec l'âme des Ardennes.
Ce chemin est relié à un autre Chemin des saints ardennais, celui de Saint-Walfroy, accessible depuis Raucourt ou Stonne. Il est ainsi possible de réaliser un circuit en forme de huit, permettant de prolonger la randonnée et d’en doubler la distance et la durée pour les marcheurs en quête d’un itinéraire plus complet.
Entre octobre et février : se renseigner sur les dates de chasse avant de partir pendant cette période.

Plan IGN

Photos aériennes / IGN

Carte des pentes (plan IGN)

Carte 1950 / IGN

Carte de l'état-major (1820-1866)

Open Street Map
Rouverte en 2011 pour desservir le Centre d’apprentissage du bâtiment, la gare de Poix-Terron offre un cadre paisible, au cœur d’un petit village ardennais. À peine descendu du train, vous êtes déjà en chemin, les sentiers s’ouvrent à vous dès la sortie du quai. Proche de l’autoroute A4 (sortie 13) et dotée d’une aire de covoiturage très fréquentée, Poix-Terron constitue un point de départ pratique et serein pour s’engager sur le grand Chemin de Saint-Walfroy (180 km), ou sur l’une de ses deux boucles : la Boucle de Saint-Roger d’Élan (99 km) une de ses deux composantes avec celle de Saint-Géry (90 km). On y trouve quelques commerces — parfait pour un ravitaillement de départ, car la suite du parcours sera plus sauvage.
Dans l’église de Poix-Terron, une plaque commémore un épisode sanglant des guerres de Religion. Le 24 octobre 1590, peu après l’accession d’Henri IV au trône, le catholique Louis de Gonzague fit massacrer 600 ligueurs dans le cimetière et à l’intérieur même de l’église. Ce carnage, aux motivations plus politiques que religieuses, visait à contrer l’influence régionale de la maison de Guise. Il convient néanmoins de rappeler sans relâche qu’aucune foi, jamais, ne saurait justifier le meurtre. Majoritairement romane, cette imposante église Saint-Martin a été classée monument historique en 1926. En 2008, ses vitraux ont été restaurés, et un vitrail en hommage à saint Martin a été ajouté.
Plusieurs saints ont porté le nom de Loup : un évêque de Troyes au IVe siècle, un autre de Soissons au siècle suivant. C’est ce dernier qui semble honoré ici, comme l’indiquent les armoiries des villages voisins : une colombe portant la sainte ampoule du sacre de Clovis. Saint Loup de Soissons fut en effet consacré par saint Rémi, dont il avait suivi l’enseignement à Reims. Présent au concile d’Orléans de 511, il œuvra pour le droit d’asile dans les églises et la soumission des monastères à l’autorité épiscopale. La chapelle de Butz, harmonieuse extérieurement, abrite un autel dédié à Notre-Dame de Butz et une statue de saint Loup, évêque.
Au XIIe siècle, le comte Withier de Rethel fonde une abbaye sur ses terres, avec l’aide de l’abbaye de Loroy (Cher). Douze moines, guidés par l’abbé Roger — un cistercien d’origine anglaise —, arrivent sur ce vaste domaine. En 1148 (ou 1154), Roger choisit un vallon isolé, riche en sources, et y fonde l’abbaye d’Esland ("terre de l’Est"). Les Cisterciens, brillants hydrauliciens, aménagent canaux et digues, exploitent les pentes naturelles pour créer des chutes d’eau qui actionnent moulins et forges : une vraie aubaine pour l’économie locale ! Hélas, l’abbaye ne survivra ni à la Révolution ni aux bouleversements industriels du XIXe siècle.
Un peu à l’écart, dans un vallon ombragé de hêtres, coule la fontaine dédiée à saint Roger. C’est là que le fondateur de l’abbaye venait prier ; il y rendit l’âme en 1172. La ferveur autour de ce lieu se maintint durant des siècles. La chapelle bâtie en 1710 au-dessus de la source conserve les traces gravées du passage de nombreux pèlerins. Les eaux, très froides, étaient réputées miraculeuses : elles calmaient fièvres et affections cutanées. Une légende raconte que les jeunes filles en âge de se marier, en se mirant dans l’eau claire, pouvaient y voir le visage de leur futur époux. Le bassin qui recueille la source, à trois entrées, évoque la Sainte Trinité — et, vu du sentier, une croix stylisée.
La tradition veut que saint Aignan, évêque d’Orléans à l’époque gallo-romaine, ait traversé ce village et se soit arrêté à cette fontaine. À l’époque, les évêques exerçaient aussi comme missionnaires itinérants. Un pèlerinage ancien y menait les fidèles pour obtenir la guérison de maladies de peau. La fontaine actuelle date probablement du XVIIIe siècle, époque de sa construction ou restauration.
L’église de Saint-Aignan incarne la robustesse romane du XIIe siècle, époque où le gothique n’avait pas encore gagné les Ardennes. Sa tour massive, sa baie géminée austère, et un vestige antique frappent le visiteur : une stèle funéraire romaine est intégrée à la base des murs. Deux visages rongés par le temps nous regardent depuis l’Antiquité. Qui étaient ces Ardennais du IIIe ou IVe siècle ? Leurs noms se sont perdus, mais leur mémoire subsiste dans la pierre.
Proche d’un embranchement de voie romaine, le nom de Cheveuges — autrefois Cavouges — désignerait un « village encaissé » en latin. Ce village tout en longueur épouse la courbe de la vallée, à distance respectueuse de la Bar. Il s’étire comme deux bras que l’église vient réunir.
L’église fortifiée de Cheveuges, classée monument historique depuis 1959, est dédiée à saint Remi. Son chœur du XVIIIe siècle, en marbre et pierre de taille, illustre la Passion du Christ. Les vitraux du XXe siècle représentent les six jours de la Création dans chacune des six fenêtres de la nef. Ceux du portail, très colorés, symbolisent les quatre éléments (eau, air, terre, feu), tandis qu’un bouquet de fleurs stylisé orne la partie supérieure.
Pour désigner deux personnes inséparables, on dit : « C’est saint Roch et son chien ». Fils d’un gouverneur de Montpellier, saint Roch naquit après de longues prières de ses parents, qui promirent de consacrer leur enfant à Dieu. Dès son plus jeune âge, il se montra généreux envers les pauvres et les voyageurs.
À la mort de ses parents, il vendit ses biens et rejoignit le Tiers-Ordre franciscain. Pèlerin vêtu d’un simple habit, il partit pour Rome, vivant d’aumônes. En Italie, il se consacra aux malades de la peste, obtenant de nombreuses guérisons. Lui-même atteint, il se retira mourant dans une cabane, où un chien lui apportait quotidiennement un pain. Guéri, il retourna à Montpellier incognito, fut pris pour un espion et mourut en prison après cinq années de détention. Son identité ne fut reconnue qu’après sa mort.
Saint Roch reste l’un des saints les plus représentés en France, et on le retrouve dans la chapelle située en face du château de Rocan.
Bulson faisait partie de la seigneurie souveraine de Raucourt, rachetée par Robert IV de la Marck en 1549, puis rattachée à la France en 1642. Le village fut reconstruit selon un plan régulier de carrés et de rectangles, avec l’église au centre d’une vaste place dégagée.
L’église fortifiée, dédiée à saint Laurent, conserve un chœur gothique du XIIIe siècle.
Saint Méen, moine breton du VIᵉ siècle, était invoqué contre les maladies de peau, en particulier celles des mains — ce qui explique l’expression ancienne de « demoiselle de saint Méen » pour désigner une galeuse. Son nom, Méen ou Meven en breton, se prononce comme « main », renforçant son lien symbolique avec ces affections. Il est honoré dans plusieurs régions de Bretagne, et jusqu’en Belgique, parfois sous des identités différentes. Selon la légende, il aurait tué un dragon en Anjou lors d’un pèlerinage à Rome.
À Haraucourt, il est le saint protecteur du village où son culte a connu une grande ferveur : le pèlerinage annuel pouvait attirer jusqu’à 10 000 fidèles. On venait de loin implorer la guérison. Mais, comme les résultats tardaient à venir, on remplaça la petite statue du saint par une plus grande, en plâtre. Le pèlerinage reprit de plus belle… avant de péricliter. Plus tard, la statue fut retrouvée au fond d’un puits, décapitée et sans mains. Les enfants du village l’avaient surnommée avec malice « Sans Mains ».
L’évêque décapité qui porte sa tête dans les rues de Reims, c’est lui : saint Nicaise. Lors de l’invasion vandale, il tente d’intercéder pour le peuple avec sa sœur Eutropie, le diacre Florent et le lecteur Jocond. Tous sont massacrés devant l’église Notre-Dame que Nicaise avait fait bâtir. C’est à cet emplacement que s’élève aujourd’hui la cathédrale de Reims.
Quel lien avec Raucourt ? La paroisse, très ancienne (fondée vers l’an 400), fut donnée au XIe siècle aux moines de l’abbaye Saint-Nicaise de Reims, qui y construisirent une église en 1061. Détruite par les Huguenots, celle que l’on voit aujourd’hui date de 1642 — la date est inscrite sur une clé de voûte.
Ne manquez pas les fonts baptismaux du XIe siècle en pierre de Givet, ornés de têtes de monstres, les deux vitraux de 1954 représentant Madame et Mesdemoiselles de Troeyer, les vitraux contemporains réalisés en 2015 par la vitrailliste ardennaise Valérie Stevenin, ainsi que les statues en bois polychrome des XVIe et XVIIe siècles : la Vierge Marie, saint Pierre (autel central), saints Nicaise et Remi (de part et d’autre de l’autel majeur).
Stonne a reçu la visite d’un pape ! C’est en effet au château, aujourd’hui disparu, que le pape Calixte II fit halte en 1119, reçu par Hugues de Troyes après sa rencontre à Mouzon avec l’empereur Henri V. Mais Stonne est surtout connu pour les combats acharnés qui s’y déroulèrent en mai 1940. L’église, fortement endommagée, fut reconstruite après la guerre. Elle est aujourd’hui ornée d’une fresque lumineuse de Maurice Calka, représentant plusieurs scènes mariales : l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation au Temple, et enfin la Crucifixion. Juste avant cette dernière scène, la Vierge apparaît dans un disque rouge, portant l’Enfant sur son bras gauche, entourée des symboles des quatre éléments : l’air (le ciel), le feu (les étoiles), la terre (l’arbre), et l’eau (le poisson). Le style évoque celui des enluminures romanes. Les vitraux réalisés par Savary et Quesneville sont également remarquables.
À la suite du concile de Reims de 1131, Odon, abbé de Saint-Rémi, fonde en 1132 une chartreuse au cœur des forêts d’Ardenne, où vivent les moines selon la règle de saint Bruno. Ce dernier, ancien écolâtre de la cathédrale de Reims, avait renoncé à devenir archevêque pour fonder, dans le Dauphiné, la Grande Chartreuse. La chartreuse du Mont-Dieu devient la première de France. Le pape Innocent II en confirme la fondation par une bulle en 1163. Guillaume de Saint-Thierry adresse alors aux premiers moines une célèbre épître, la Lettre aux frères du Mont-Dieu sur la vie solitaire, aussi appelée Lettre d’or. Ce texte, mystique et profond, décrit l’élévation de l’esprit humain vers la vie de l’esprit. Retirée mais vulnérable, la chartreuse est ravagée à plusieurs reprises, notamment durant les guerres de Religion. Elle est reconstruite en 1617 dans un style proche de celui de la place Ducale de Charleville. Confisquée à la Révolution, elle devient prison d’État, puis est transformée en filature. Les bâtiments tombent en ruine, avant d’être partiellement sauvés par André Poupart de Neuflize, un industriel sedanais, au début du XIXe siècle.
L’église de La Neuville-à-Maire est dédiée à saint Nicolas, vénéré dans tout l’Est de la France. Né en Asie Mineure, évêque de Myre, il ne vint jamais en Occident ; ses reliques furent transférées à Bari pour les soustraire aux musulmans. Son culte s’est ensuite étendu dans l’ensemble du monde chrétien. Rebâtie après la guerre, l’église actuelle conjugue harmonieusement schiste, bois et verre. Dix-sept vitraux aux motifs floraux, signés Robert Savary et Guy Quesneville, en ornent les baies. À voir également : une statue de saint Antoine due au sculpteur Georges Serraz.
À La Cassine subsistent les vestiges d’un château, d’une chapelle et d’un couvent datant du XVIIe siècle. Le château fut édifié par Louis de Gonzague, prince de Mantoue et père du fondateur de Charleville. En 1579, le couple princier fait construire un couvent pour y accueillir les Franciscains, appelés cordeliers en raison de leur ceinture de corde. Le lieu accueille même Louis XIV et Mazarin en 1657. Resté longtemps dans la famille des Gonzague, il est vendu par la dernière duchesse à la famille Gendarme, industriels ardennais. Aujourd’hui, le site sert de décor à des spectacles vivants et immersifs, portés par une équipe de bénévoles passionnés.
Sur le mur de l’église de Vendresse subsiste un rare témoignage du culte de l’Être suprême, instauré pendant la Révolution française, notamment en 1794. Ce culte, d’inspiration philosophique, ne se voulait pas religieux mais visait à célébrer la souveraineté populaire à travers des fêtes civiques. S’il a disparu au XIXe siècle, il demeure évoqué dans le préambule de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui proclame : « L’Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen. »
Depuis 1861, les fidèles se rendent chaque troisième dimanche de mai à un petit oratoire du Bois de la Vierge, à la suite d’un vœu formulé lors d’une épidémie dont le village fut épargné. Ce pèlerinage est dédié à Notre-Dame de Bon Secours.
Omont illustre parfaitement les enjeux territoriaux de l’époque féodale. À l’aube de l’an mil, profitant de l’affaiblissement de l’autorité royale, les seigneuries locales se multiplient. Omont, forteresse des archevêques de Reims, devient l’un de leurs bastions majeurs, donnant naissance au comté de Rethel, principale seigneurie ardennaise. Campée à la frontière de deux États, la place forte fut longtemps disputée, théâtre de rivalités incessantes.
Saint Rigobert et le prieuré d’Omont au XIIIe siècle
Fondé en 1095 par le comte Hugues Ier de Rethel et l’abbé de Saint-Vincent de Laon, le prieuré d’Omont succède à un petit chapitre de chanoines. Il est placé sous le patronage de saint Rigobert. Ce prieuré castral, combinant vocation spirituelle et pouvoir politique, aurait pu devenir une nécropole dynastique à l’image de Chaumont-Porcien. Mais la fondation successive de monastères à Novy, puis à Rethel en 1118, réduit son importance. En 1148, la création de l’abbaye d’Élan scelle définitivement le destin du site. Faiblement doté et peu documenté, le prieuré semble avoir connu une prospérité limitée.